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Meinungen und Urteile über Hourra l'Oural

Opinions et jugements sur Hourra l'Oural


Pierre Unik (1934)
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Il était entendu que la poésie ne serait plus jamais que comme un filet de sang s'échappant malgré lui du corps du poète, mais il n'est plus resté qu'un corps exsangue dont le sang semblait près de tarir. La poésie moderne qui avait réussi à se libérer des conventions techniques, à se donner une appréciable liberté dans l'expression et dans la découverte d'images, tournait volontairement le dos à la vie et renonçait à signifier quoi que ce soit aux hommes. Elle se rendait prisonnière d'une convention nouvelle, celle de l'irresponsabilité. La beauté ou la nouveauté de l'image, la transcription plus ou moins approcgée du têve devenaient pour elle des fins suffisantes. À vouloir rendre un son humain, la poésie, d'après les poètes modernes, ne pouvait que déchoir. Je ne parle ici que des poètes appartenant à ce qu'on appelle l'avant-garde, laissant pour compte ceux qui éternellement se satisferont à perpétuer Racine ou Verlaine.
Rien de ce qui fait l'intérêt des jours que nous vivons, aucun écho des luttes qui passionnent le monde, rien de ce qui est vital pour les hommes n'avait droit de cité dans les productions des poètes, ne pouvait être évoqué de façon directe et immédiate. La vie réelle des hommes réels n'apparaissait que comme un reflet fantastique. Le poète ne semblait pas vivre dans un monde peuplé de commerçants et de soldats, d'ouvriers et de banquiers, de chômeurs et de paysans, de flics et de marins, mais dans un monde peuplé de fantômes et d'ombres de fantômes. La poésie qui se prétendait la plus moderne s'encroûtait terriblement, se figeait malgré ses prétentions au dynamisme dans un univers de plus en plus allusif et fermé, où seuls se reconnaissaient quelques élus.
Or, voici qu'un poète moderne, dont on ne peut dire qu'il se soit jamais enlisé dans les alluvions de la poésie traditionnelle, l'un de ceux, au contraire, qui ont contribué au renouvellement de la poésie en donnant aux images le maximum d'audace, écrit un livre de poèmes destiné à servir la révolution, un livre entièrement engagé dans le torrent révolutionnaire. Il faut dire que la poésie d'Aragon ne se coupa jamais d'avec la vie. Ses précédents recueils témoignaient chaque fois plus directement de l'orientation que prenait l'activité de leur auteur. [...]
160 millions d'hommes construisent le socialisme, édifient un monde nouveau, et le poète n'aurait pas le droit de les chanter? Sur toute la terre la révolte gronde, les grèves se multiplient, les ouvriers se battent contre le fascisme, les peuples coloniaux secouent leurs chaînes, et la poésie devrait continuer d'ignorer cet événement formidable, la prise de conscience par les opprimés de leur oppression? Quelle absurdité!
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Aragon fut le premier, de tous ceux qui avaient déjà derrière eux un passé poétique, à voir qu'à persévérer dans cette erreur la poésie moderne ferait vite figure réactionnaire, et à vouloir la dégager de l'ornière. Il comprit que le poète ne pouvait prétendre écrire ni pour l'éternité, ni pour la société sans classes de l'avenir, dont il est bien incapable de savoir quelle poésie elle réclamera, et qu'il ne peut avoir de raison d'être et faire oeuvre valable que s'il se mêle étroitement aux forces vives qui aujourd'hui combattent pour l'avenir, que s'il jette ses poèmes au coeur même de la lutte. [...]
Hourra l'Oural est en France le premier livre, non didactique ou descriptif, qui ait pour sujet la construction socialiste. L'opposition entre les deux mondes qui est le trait dominant de l'´poque entre ainsi dans la littérature de ce pays.
[...] Hourra l'Oural est l'hymne de la lutte révolutionnaire et de la montée socialiste. Le partisan rouge est devenu l'ouvrier de choc, mais il est resté le soldat de la Révolution. [...] Si Hourra l'Oural tranche si vigoureusement sur toute la production littéraire actuelle, c'est qu'il est parcouru de bout en bout par l'optimisme des révolutionnaires, qui n'est autre que la foi absolue en la victoire finale du communisme. [...] Hourra l'Oural rompt non seulment avec les sophistications de la littérature bourgeoise qui dévore sans fin son propre cerveau, mais aussi avec les productions qui, parce qu'elles se voudraient prolétariennes, se croient contraintes à une tristesse et une noirceur exclusives. [...]
Le prolétariat qui apparaît dans Hourra l'Oural, ce n'est plus celui que son asservissement accable et annihile, c'est le prolétariat qui a conscience d'être la classe à qui l'avenir est promis; la classe qui, à travers son asservissement même, voit se dessiner son rôle de classe dirigeante. [...] Toujours ce qui transparaît derrière l'horreur des jours présents, derrière les morts et les défaites, c'est "l'idylle rouge de demain". Et c'est, me semble-t-il, la direction que doit prendre la littérature que nous avons à créer, la littérature d'un prolétariat qui, au travers des luttes et des souffrances, se prépare à prendre la barre des destinées humaines.
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Il [= le livre] nous permet d'espérer qu'Aragon, continuant de progresser vers une expression toujours mieux adaptée à ceux pour qui il écrit, mais ne sacrifiant jamais non plus la rigueur de cette expression à la nécessité d'être compris du plus grand nombre, sera le digne poète des proches combats, de la Révolution prolétarienne et des Soviets de France.
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